Noyés sous les pixels
Je viens de commencer un petit essai aussi lumineux que provocateur : « Manifeste pour une post-photographie » de Joan Fontcuberta. C'est le genre de lecture qui, entre deux baignades, vous force à poser votre téléphone et à regarder l'horizon... sans forcément chercher à le cadrer.
L'overdose visuelle selon Fontcuberta
Fontcuberta y interroge la place de l’image dans un monde saturé. Nous sommes devenus des producteurs compulsifs : nos repas, nos voyages, nos émotions, jusqu'à l'ombre de nos pieds au coucher du soleil... tout est numérisé, stocké, partagé.
Mais à force de vouloir tout immortaliser, ne sommes-nous pas en train de vider l’image de son sens ? Quand l'image devient un flux incessant, elle perd son poids, sa rareté, et peut-être même sa fonction de mémoire.
Le prolongement : Et l'IA dans tout ça ? 🤖
En lisant Fontcuberta, je n'ai pu m'empêcher de pousser la réflexion un peu plus loin. Si l'auteur analysait déjà l'excès de la photographie numérique, que dire de la déferlante de l'IA générative ?
Aujourd'hui, nous n'avons même plus besoin d'appareil photo, ni même d'être présents physiquement devant un sujet pour « produire » une image. L'IA rajoute une couche de complexité (et de saturation) inédite :
- L'acte photographique disparaît : On ne capture plus un instant, on calcule une probabilité visuelle.
- La perte de repères : Si tout peut être généré de toutes pièces, quel crédit accorder à ce que nous voyons ?
Si le monde de Fontcuberta était déjà saturé de pixels "capturés", le nôtre se remplit désormais de pixels "inventés". Cela ne fait qu'accentuer son constat : nous ne sommes plus dans l'ère de la documentation, mais dans celle de la simulation.
Produire moins pour penser plus ?
Alors, quelle est la solution ? Faut-il arrêter de photographier pour ne pas rajouter du flux au flux ?
Peut-être que l'enjeu n'est plus de savoir comment produire une image (l'IA le fait très bien pour nous), mais de réapprendre à la penser.
Comprendre ce qu’une image montre, ce qu’elle cache, et surtout, ce qu’elle provoque en nous. Que l'image soit prise avec un Leica ou générée par un prompt, sa valeur réside peut-être enfin ailleurs que dans sa simple existence technique.
Et vous, comment vivez-vous cette avalanche ? Ressentez-vous ce besoin de "sobriété visuelle" ou l'IA vous semble-t-elle être un outil de création fascinant qui redéfinit l'art ?
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